CLUB  NATIONAL  DES  BÉCASSIERS
"Chasser le plus possible tout en tuant le moins possible " . Pierre Malbec.

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Devrons-nous cesser de chasser la bécasse au chien d'arrêt

(La Morodrée N° 29, Septembre 1955)
Cette année de chasse 1954-1955, qui fut marquée, pour ma région, par un excellent passage tant à l'automne qu'au printemps, le fut aussi par une sauvagerie accrue et persistante des oiseaux qui nous ont visités.

J'ai levé cette année 69 bécasses et j'ai pu en tirer 15 ... Je chasse depuis 20 ans sur le même terrain que je connais admirablement : terrain certes difficile, bois très dense, coupes étendues, peu de faux chemins et où j'assiste chaque année où je lève, à peu près, le même nombre de bécasses, à une sauvagerie accrue de celles-ci et cela sans discontinuer, d'un bout à l'autre, de la saison. Départs lointains à froid, et presque sans bruit ou piétés indéfinis se terminant par l'envol loin du chien et du chasseur.
Quant à la << Relève >>, le patronyme de cette chasse, n'en parlons pas. Et je serais vraiment heureux d'assister quelque jour, sur mon terrain, aux prouesses cynégétiques de nos << Maîtres >> retrouveurs de bécasses ...
Je n'accuse pas, au sujet de cette sauvagerie accrue, les ondes refléchies, ni le manque passager de vitamines, conséquence d'épizooties des vers de terre ... mais bien plutôt la chasse qui s'intensifie, pas tant où se posent nos belles Mordorées, mais où elles ne se reposent plus. Elles ne font en cela d'ailleurs, que conformer leur attitude devant chien et chasseur, à celle des autres espèces de gibier, perdrix notamment.
Bref, serons-nous obligés dans un avenir prochain de renoncer à la chasse au chien d'arrêt telle que nous la pratiquons ici, pour en revenir à celle que seule connaissaient nos anciens ?
La chasse à la bécasse, pour mes parents et grans-parents, se pratiquait, dans notre région, de la façon suivante : on se réunissait à plusieurs, le plus grand nombre possible, généralement à l'effectif d'une société de chasse sous la férule et la conduite de son Président, lequel, plaçait son monde à intervalles réguliers et à son commandement chacun entrait au taillis, en respectant l'alignement, à grand bruit, précédé de quelque chien cour-quêtard, et l'on << frottait les branches >> en annoçant << garrot >> à chaque levée, en poussant la traque vers quelques fusils bordant la coupe. Le fin du fin était le guet, assuré du haut d'un chêne qui avait pour mission de repérer la nouvelle pause des oiseaux mis à l'essor.
J'ai pratiqué ce genre de sport au temps, lointain hélas, de mes premières armes, mais bien vite, avec mon fidèle camarade de chasse, Robert Piques, nous l'avons trouvé peu passionante et éreintante, et le livre de Maurice de la Fuye devenant notre bréviaire, nous lui avons substitué la << Grande Quête >>, férus que nous étions du chien d'arrêt à grands moyens.

Chasse solitaire ou à deux ou plus, chasse de silence en suivant les lignes mais en faisant battre le taillis par des chiens rapides et perçants, allant chercher les oiseaux là où ils étaient : le chasseur ne pénétrant sous bois qu'en cas d'arrêt ferme te prolongé.
Que de plaisir ce genre de chasse ne nous a-t-il pas donné avec tous les bons chiens bécassiers que nous avons possédé : griffons, bretons, irlandais, leman ... tous prenant très vite le sens de cette chasse qui exaltai leur sagacité. Ils firent pour nous le travail de traque dans nos bois difficilement pénétrables, et tuer en 20 ans : tantôt à leur arrêt, tantôt en rabad, environ 800 bécasses ...
Nous comptions 3 bécasses levées pour 1 tirée, mais d'année en année la proportion s'amenuisa : 69 levées pour ma part, cette année, et 15 tirées ...
Mais malgré l'âge venant et les déceptions des soirs au carnier vide et à la cartouchière intacte, je crois que nous continuerons quand même car le souvenir de nos chasses ardentes est toujours là ... dussions-nous aller 50 fois au bois pour tirer un oiseau ! ...
Gaston CORBET (2)
Dijon (Côte d'Or).