CLUB  NATIONAL  DES  BÉCASSIERS
"Chasser le plus possible tout en tuant le moins possible " . Pierre Malbec.

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Migration Bécassière 1954-1955

(La Mordorée N° 27, Mai 1955)
La température jouant un grand rôle dans la migration, nous vous donnons quelques relevés de minima enregistrés dans les pays de nidification. Ces renseignements ont été tirés du bulletin quotidien de la Météorologie Nationale :

8° au-dessous de zéro le 19 octobre à Lulea (fond du golfe de Bothnie).
-6, -9, -3, -9, -12, pour les 27 et 28 octobre, 3, 7 et 8 novembre pour ce même point.
A Oslo, -2, -2, -4, -2, -6,, les 27, 28 octobre, 7, 8, 10 novembre.
A Stockohlm: -5, -1, -3, -6, -7,, les 16, 17, 21, 22, 23 novembre.
A Helsinki: -3, le 27 octobre, -3, -4, -3, les 14, 16, 17 novembre.
En Pologne, Etats Baltes, Russie, le 7 novembre, nous notons les températures de -4, -2, -5, -5,-6,-5, -7, les 18, 19, 20, 21, 22 novermbre, -16 à Saint-Pétersbourg, -11 a Moscou le 24 novembre.
Pour la France, la Belgique, la Hollande, l'Allemagne seule, la journée du 21 novembre a vu la température s'abaisser au-dessous de zéro.
Le 2 janvier 1955 seulement, le thermomètre est descendu à -2 et -5 en France, -2, -6, -4 en Allemagne
Cette période de froid relatif s'est poursuivie jusqu'au 7 janvier en France, jusqu'au 10 en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Dans ce dernier pays, le froid s'est fait sentir plus durement, les minimas étant de l'ordre de -5 à -13°.

Mais un fait important paraît devoir être noté: sauf de très rares exceptions locales, la température diurne s'est toujours relevée bien au-dessus de zéro.
A l'examen des chiffres précités, nous pouvons dire que l'automne et l'hiver 1954-1955 ont été anormalement doux, de ce fait comme l'année précédente, la migration a été perturbée et peut-être considérée comme anormale.
La saison bécassière en France, peut être qualifiée , dans l'ensemble de très médiocre:

Des Landes. ___ Région privilégiée, en général, M. Labeyrie (693) nous écrit, le24 janvier 1955 : << Passages sporadiques et décevants. De maigres contingents nous ont visités, début novembre, mi-novembre et début décembre. Les oiseaux n'ont pas séjourné, la température étant trop douce. En ce qui me concerne, je n'ai mis au tableau, que 6 bécasses et notre Président Fédéral, qui chasse surtout avec moi, attend sa première victime. >>

De l'Isère. ___ Le Maître bécassier qu'est M. Albert Simien (50), auteur de <<La Bécasse dans les forêts de Chambaran>>, nous écrit : << Cette saison est la plus mauvaise depuis 1919, et le nombre de bécasses peut être chiffré au 1/4 des années normales. >>

Du Jura. ___ Notre délégué, M. Poinas : << En résumé, mauvaise saison bécassière. >>

Queques exceptions cependant :
La Bretagne, où notre délégué, M. Pochard (33), nous a signalé une saison bécassière extrêmement favorable.

La Côte d'Or, où notre délégué, M. Gaston Corbet (2) nous écrit : << Passage excellent, comparable à celui d'automne 1953. >>

Le Cantal, ___ MM. Burnol (93), Casanove (334) et Borel (781) sont complètement satisfaits de leur saison, et indiquent des passages abondants.

De la Creuse également, mais à une altitude de 600 mètres et au-dessus, notre délégué, M. Petit (190), M. Alamy (433), Dr Pradeilles (149), nous font part d'excellents passages. Dans le même département, en plaine, année catastrophique.

L'Espage a eu un contingent de bécasses déficitaire. Les comptes-rendus définitifs ne sont pas encore parvenus, mais vous avez déjà eu des renseignements assez précis par les résultats de notre expédition à Santander.
En Castille, d'après les renseignements fournis par Mme Gabriela Maura, les bécasses ont été cette année très rarissimes. Les migratrices ont poursuivi leurvoyage jusqu'à l'Atlas marocain, pratiquement sans faire escale.

Du Maroc, très intéressant compte-rendu de M Beurier (137), que nous reproduirons in extenso dans notre prochain bulletin, nous pouvons noter qu'un premier contingent est arrivé au Maroc fin novembre, partagé en deux fractions: l'une prenant terre sur la zone côtière, comme à l'habitude, l'autre sur les hauts plateaux du massif montagneux central (Moyen-Atlas).
<< La seconde, dont la densité est difficilement contrôlable, est celle qui a alimenté ma région lorsque les premiers froids se sont manifestés en haute montagne >>.
L'hivernage a été faible dans son ensmble, l'effectif venu chercher la clémence de l'hiver a été inférieur de plus de 50% à celui d'une année normale.
Il faut en attribuer les raisons aux mêmes causes que celles de l'année dernière; abscence de froid en Europe qui a empêché, retardé ou bouleversé le mouvement migratoire.

En Algérie, la chasse a été interdite à partir du 17 novembre. Nous n'avons reçu de renseignements que de M. Prud'homme (428), chassant dans la région de Médéa, altitude avoisinant 1000 mètres, << les bécasses sont arrivées vers le 5-10 novembre. Le continget paraissait être assez normal. >>

De Tunisie, notre fidèle délégué, le capitaine Garnier (558), nous envoi les renseignements suivants: << Chasse générale licite du 2-12-54 au 3-1-55, le sanglier autorisé jusqu'au 27 février. Comme l'an passé, la bécasse a été relativement peu abondante dans nos montagnes, en comparaison des années normales. La proportion semble avoir été plus forte sur les côtes du Nord, proche Tunis et le Cap Bon. Rien cependant, de l'abondance de l'an passé dans ces parages >>.

Italie Suisse. Les renseignements qui vous ont été donnés par notre délégué suisse, Monsieur le Professeur Deriaz (92) dans notre précédent bulletin, ont montré un passage nettement déficitaire en Italie et en suisse.
Par contre, vous avez pu lire, dans le même article, qu'au Danemark (d'après les renseignements fourni par M. le Docteur Boje Benzon, votre président du Conseil International de laChasse), le nombre de scolopacidés ayant stationné dans ce pays avait été encore plus abondant que la saison précédente, qui était excellente.

En Hollande, d'après les renseignements qui nous ont été si aimablement fournis par M. Rueb, directeur de la Kononklijke Nederlandse Jagersvereniging, la saisin 1954-1955 a été exceptionnellement bonne: << Certains jour, on tirait 80 oiseaux, et ce n'était pas exception >>.
Vous pouvez lire, d'autre part, l'intéressant exposé sur la migration des bécasses dans les Flandres (Belgique) drant la saison 1954-1955 qu'a bien voulu nous adresser notre éminent collègue M. Léon Lippens, Président de la Commission de la Sauvagine au Conseil International de la Chasse : << Bonne saison bécassière en Belqique >>.

Voici sommairement exposés, les renseignements recueillis dont nous allons essayer de tirer queques conclusions :
Tout d'abord nous pouvons dire que la migration bécassière 1954-1955 a été anormale pour la même raison que sa devancière : température automnale et hivernale bien au-dessus de la moyenne.
Nous pourrions diviser l'espace parcouru par nos migratrices du lieu de départ (pays nordiques, Russie), au lieu extrême de leur migration en trois zones.
La première partant du sud de l'Angleterre, passant par le Nord de la France, et comprenant la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemage.
La seconde, comprenant la France, la Suisse, l'Italie, l'Espagne.
La troisiéme serait formée par la Tunisie, l'Algérie, le Maroc.

C'est de loin la première zone qui a été largement favorisée cette saison. Le gros du contingent migrateur n'a pas entrepris le grand voyage, et par suite d'un automne et d'un hiver très doux, est resté aux environs des lieux de nidification.

La deuxième zone a vu passer les migratrices qui n'ont pas stationné et ont poursuivi leur voyage.
Quelques endroits privilégiés ont vu cependant s'arrêter un bon contingent : Bretagne, Franche-Comté, Cantal.
Les bécasses ont trouvé dans ces départements un habitat qui était à leur convenance. En plus de la nourriture qui est une question essentielle; nos scolopacidés recherchent un climat, une température, une humidité qui leur sont nécessaires. L'exemple du département de la Creuse est typique. Durant ces deux dernières années, en plaine, pas de bécasse, mais sur le plateau, en altitude, un excellent passage et de nombreuses cantonnées.
Je citerai, à l'appui de cette thèse, un passage d'une lettre que m'adressait, le 18 décembre, M.Albert Simien (50) : << Je sais qu'un M. Rigodaz, Grenoblois, grand chasseur de plume, a réussi dans le Trièves (à l'est de Grenoble, altitude 1200 à 1400 mètres), puiqu'il aurait une cinquantaine de bécasses au tableau >>.
Je citerai, également, un passage de M. René Dussud (38), Haute-Savoie : << La migration se fait en altitude par les cols alpestres. Cela m'est confirmé par une grosse densité d'oiseaux signalés à l'altitude de 1200 mètres le 28 octobre.
Et, enfin, voici un autre extrait du compe-rendu de M. Beurier à Casablanca :
D'excellents spécialiste de ma connaissance, qui opèrent, ou ne peuvent opérer que dans des forêts de chêne-liège, à une altitude de 250 à 400 mètres, n'ont pas vu une seule bécasse.
Mieux placé et bénéficiant d'un service de renseignements de premier ordre, je me suis rapidement rendu compte que la douceur de la température et la sécheresse avaient maintenu les bécasses à une altitude supérieure: 650-750 mètres, et que c'est là qu'il fallait les chercher.
Ces renseignements viennent conirmer la thèse déjà émise : Quand l'automne et l'hiver sont doux, une importante partie du contingent migrateur s'éloigne peu des lieux de nidification. Il ne descend que contraint et forcé par les gels qui le privent de nourriture.

Les bécassiers qui chassent en montagne auraient peut-être intérêt à prospecter les tènements situés à une altitude supérieure à celle qu'is ont l'habitude de parcourir. Les renseignements fournis par M. Dussud et par M. Simien montrant que de beaux passages se sont effectués à 1200-1400 mètres, peut-être seraient-ils payés de leur peine.
Dans certaines régions on signale avoir eu affaire à des bécasses excessivement légères et piéteuses. Malgré ce, dans l'ensemble, le comportement des bécasses paraît avoir été beaucoup plus normal que l'année précédente.
Une autre remarque nous a été signalée par de nombreux membres : bécasses impossibles à relever après leur premier envol. Nous avons observé, personnellement, qu'un grand nombre de bécasses, cette saison, faisaient des remises excessivement longues : près de 4 à 5 fois la normale. Dans les tènements où l'on peut circuler en tous sens, la relève de ces oiseaux n'est qu'une question d'heure, de temps. Dans les forêts il est bien évident qu'en général, l'oiseau n'est plus relevé, et paraît s'être volatilisé.
Ce comportement pourrait s'expliquer par la self-défense de nos longs becs. Du fait de la disparition du lapin en de très nombreuses régions, il est certain que le nombre de bécassiers (occasionnels, pensons-nous) a augmenté d'une façon assez importante. Comme tous les autres gibiers, les bécasses se mettent à la page et inaugurent pour leur sauvegarde des moyens qu'elles ne mettaient pas en oeuvre auparavant.
Contrairement à l'année précédente, nous n'avons pas eu cette année un exode massif provoqué par le gel. Nous avons simplement observé des fluctuations, des va-et-vient d'importance tout à fait relative. Nous pensons que cela peut être attribué au relèvement diurne de la température. Nos longs becs trouvaient pitance le soir avant le gel, et pouvaient compléter dans la journée, cela était suffisant pour ne pas entreprendre un long voyage.

La troisième zone a vu un contingent atténué arriver jusqu'à elle. L'interdiction de chasser en Algérie et en Tunisie n'a pas permis d'avoir les renseignements de 50% du contingent normal, communiqué par M. Noël Beurier, pourrait être attribué également à l'Algérie et à la Tunisie.
Du fait de l'interdiction pratiquement totale de chasser dans ces deux pays, le cheptel bécassier n'aura pas subi de grandes pertes cette année; souhaitons que la saison prochaine, les bécassiers algériens et tunisiens aient un bel arrivage qui leur permette de compenser en partie les déceptions de la saison 1954-1955.

A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas en mains les documents nécessaires pour parler de la repasse qui est en cours. Elle paraît, tout de même, avoir été assez bonne dans le Midi de la France, et excellente dans l'Ain, l'Allier et la Nièvre. Nous espérons vous donner des renseignements complémentaires sur cette question dans un de nos prochains bulletins.
Peut-on tirer de tout ce qui précède des coclusions valables qui indiqueraient si le cheptel << bécasses >> est en augmentation ou en diminution ?
Nous ne le pensons pas. Si les Américains ont, à leur disposition, des moyens financiers puissants qui leur permettent d'effectuer des observations sur une grande échelle, il n'en est pas de même dans notre vieille Europe. Nous ne pouvons nous baser que sur les indications qui nous sont fournies en général par les chasseurs.Ceux-ci ont tendance à pronostiquer une diminution de l'espèce des qu'ils constatent sur le s tènements parcourus un manque relatif de gibier, dû, dans la plupart des cas, à des conditions climatologiques.
L'abondance des migratrices dans d'autres régions peut compenser la pénurie constatée dans d'autres lieux. Aussi, nous garderons-nous de conclure dans ce domaine.
Le Président du C.N.B.
Louis GUIZARD.