CLUB  NATIONAL  DES  BÉCASSIERS
"Chasser le plus possible tout en tuant le moins possible " . Pierre Malbec.

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La Bécasse et le froid

 

Philippe Tatre

 

  
Au cours de ces dernières années, plusieurs travaux de recherches ont été entrepris pour mieux appréhender l’impact des vagues de froid sur les populations de bécasses. Cet impact intervient dans trois domaines principaux : la physiologie, le comportement et la dynamique des populations.

 

Impact  physiologique

Dans ce domaine, les travaux les plus avancés et les plus récents sont ceux de Boos (2000, 2005a) et Robin et al. (2002). En résumé, les résultats indiquent qu’au dessus d’un poids de 290g, la bécasse tire 90% de son énergie des lipides (graisses) accumulés. En cas de jeûne, son temps de survie est compris entre 4 et 11 jours. Une bécasse dont le poids est compris entre 240 et 290g transforme progressivement sa source d’énergie vers les protéines, autrement dit la masse musculaire. En dessous de 240g, les protéines constituent 50% de son énergie. La bécasse est alors considérablement amaigrie et son temps de survie, en cas de jeûne, n’est plus que de 3 jours. D’autres recherches, du même auteur conduites par Boos (2005b) ont également montré que la proportion de bécasses en bonne ou moyenne condition physique est maximale en janvier, période où la probabilité de rencontrer une vague de froid est la plus forte.

Des travaux plus généraux concernant l’impact de la température sur la physiologie de la bécasse doivent également être mentionnés. Duriez et al. (2004) ont ainsi estimé le taux de métabolisme basal (BMR) à 1,2W. Par rapport à sa masse corporelle, la Bécasse des bois possède un BMR assez bas comparé aux autres limicoles, dont la Bécasse d’Amérique (Scolopax minor). Cet avantage est sans doute dû à son habitat forestier qui minimise l’effet du vent. La température critique (LCT : Lower Critical Temperature) à partir de laquelle la bécasse augmente sa consommation d’oxygène se situe à 17,5°C. En hiver, le taux de métabolisme en nature est estimé à 3,4 W, c’est à dire 2,8 fois le BMR.


 

Impact  comportemental


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Les modifications comportementales dépendent de l’intensité du froid. Lorsque les températures sont basses mais que la vague de froid n’est pas réellement installée, les bécasses réagissent de façon mesurée. Elles ont alors tendance à rester la nuit en forêt (Duriez, 2003) et/ou à limiter leurs déplacements au strict nécessaire (Wilson, 1983). Une augmentation sensible de l’activité alimentaire est également observée (Duriez, 2003).

Lorsque le froid est véritablement installé des comportements aberrants apparaissent : rassemblement d’oiseaux le long des ruisseaux, activité alimentaire en journée en plein découvert dans des lieux inhabituels (tas de fumier, bord de mer,….). A l’extrême, on assiste à des déplacements massifs vers les régions épargnées par la vague de froid, comme ce fut le cas pendant l’hiver 1996-97 (Gossman & Ferrand, 2000) et, plus récemment, en janvier 2009. Cette stratégie n’est cependant pas la seule car une proportion d’oiseaux, malheureusement inconnue, « décide » plutôt de rester sur place et d’affronter directement la vague de froid. Ces deux stratégies soulignent la diversité des réponses comportementales chez la Bécasse des bois qui constitue certainement un atout pour la conservation des populations.

 

 

Impact sur la dynamique de population

Philippe Tatre


Lorsque le froid se prolonge, des mortalités massives sont enregistrées. Ce fut le cas en 1985 et en 1991, par exemple, dans le nord de la France. Un travail de recherche fondé sur les reprises de bagues a montré que les taux de survie hivernaux étaient négativement corrélés aux températures nocturnes et aux précipitations (Tavecchia et al., 2002). Les conditions climatiques extrêmes des vagues de froid ont donc toutes les chances de faire baisser les taux de survie de l’année concernée. Pour autant, l’impact sur la dynamique des populations à l’échelle européenne est loin d’être évident. Les grandes vagues de froid de 1962-63, 1978-79, 1984-85 ou encore 1996-97 n’ont pas fait chuter les effectifs hivernants les années suivantes. A notre sens, l’absence d’impact évident au niveau des populations est à rechercher dans la faible espérance de vie d’une bécasse en Europe (1,25 ans ; Tavecchia et al., 2002). Un tel turn-over associé à de bons succès annuels de reproduction conduit à des fluctuations d’effectifs rapides, globalement indépendant des accidents climatiques. De plus, les vagues de froid n’affectent jamais l’ensemble de l’aire d’hivernage qui, pour le Paléarctique occidental s’étend des Iles britanniques à la Grèce et la Turquie. Toutefois, des vagues de froid répétées plusieurs hivers de suite, dans les mêmes zones d’hivernage, affecteraient certainement (voir durablement) les populations de bécasses concernées.